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Les temps Valaisans
Ceux qui restent

Chapitre 27 / 29

La première table

Partie V — Une adresse pour la suite

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— Vous êtes inscrits à quel nom ?

Claire remonte sa liste, trouve Valentine, puis les deux petits qui ont déjà posé les mains sur la table. Nous sommes le 6 décembre. Cet après-midi, nous essayons les activités de la future salle commune et recueillons les souhaits des habitants pour les logements à aménager dans l’ancienne colonie. Les étages restent fermés ; seule la salle du bas a reçu l’autorisation d’ouvrir pour ce samedi. À l’entrée, une affiche rappelle les prochaines étapes du projet. Le chauffage a été lancé pour notre arrivée.

Charlotte compte les feuilles disposées près des supports. Elle travaille cet après-midi dans le cadre convenu avec sa bibliothèque. Claire vient de faire confirmer le temps de rangement avant d’ouvrir la porte au public. Sur sa feuille, les huit cents francs du budget couvrent la coordination et les moyens prévus pour cet essai. Elle range le document dans une pochette et cherche un stylo.

— Si quelqu’un demande pour la semaine prochaine, on prend ses coordonnées, dit-elle. On n’a pas de date.

Carole a apporté un livre. Maxence passera regarder l’organisation des équipements ; il m’a rappelé qu’il ne venait rien installer. Les petits choisissent leurs places, puis doivent se rapprocher pour laisser une voisine s’asseoir. Elle garde son manteau. Un homme demande s’il peut regarder sans participer.

— Bien sûr, lui répond Claire. Où voulez-vous vous mettre ?

Au bout de la table, Charlotte tient une feuille entre deux supports. Elle pose une gomme à côté. Nous devons construire un pont de papier qui la portera. Nous pourrons consulter les outils après avoir essayé. Mon petit-fils demande à sa montre d’attendre ; sa sœur regarde si la gomme est vraiment lourde.

Le roman à la couverture verte est posé sur une autre chaise. Charlotte l’a ouvert au début.

— Après le pont, je lirai un passage près de la fenêtre. Ceux qui veulent peuvent me rejoindre.

Je pose ma feuille bien à plat et dépose la gomme. Le papier cède. Je rapproche les supports.

— Ils restent où ils sont, me rappelle Charlotte.

Carole ne dit rien. Je remets les supports à la bonne distance, en évitant de la regarder.

Mon petit-fils plie la feuille. Il se souvient de la forme montrée par Édouard. Sa sœur veut aider, appuie trop fort, et nous devons recommencer. Un pli part de travers ; le pont tient, puis s’affaisse d’un côté. Le grand me demande de tenir les supports pendant qu’il reprend.

— Là. Sans les rapprocher.

Je garde les mains en place. Il me les vérifie avant de poser la gomme.

Lorsque nous interrogeons l’IA, elle reconnaît notre tentative et montre ce que les plis changent à la rigidité. Plusieurs formes apparaissent. Nous pourrions lui demander des calculs précis et même la préparation d’une pièce à fabriquer, mais les enfants veulent reprendre leur feuille. Mon petit-fils choisit une explication et la fait rejouer au moment où notre premier pont s’était affaissé.

Carole prend une nouvelle feuille. Il lui montre où il souhaite plier. Elle suit son doigt. La gomme tient enfin ; ma petite-fille approche aussitôt un second objet, ce qui oblige tout le monde à lui demander d’attendre.

Charlotte regarde l’heure. Elle prend le roman et rejoint les chaises près de la fenêtre. Carole s’y installe. La femme au manteau hésite, pose son pont sur la table, puis vient à son tour. Trois chaises restent vides. Charlotte commence tout de même.

De l’autre côté de la salle, un habitant explique à Claire qu’il voudrait pouvoir travailler chez lui sans parler toute la journée à voix haute devant sa famille. Maxence l’aide à situer son bureau sur le plan simplifié. L’homme déplace le coin de travail, puis le remet près de la fenêtre. Ils comparent l’espace qu’il resterait.

— C’est la lumière, surtout, dit-il. Je ne veux plus travailler face au mur.

Claire note sa demande. Elle lui fait préciser les heures pendant lesquelles il utilise la pièce. L’IA regroupera les réponses et comparera ensuite les variantes. Pour le moment, il parle d’un autre logement qu’il a connu et cherche comment nous montrer ce qui lui manque dans celui d’aujourd’hui. Les plans couvrent presque toute la table.

La voix de Charlotte arrive jusqu’à nous. La femme au manteau se rapproche pour entendre. Claire me demande de baisser la nôtre ; nous déplaçons la conversation de quelques pas. Mon petit-fils vient s’asseoir à côté de Carole. Il a reconnu le livre, et peut-être attend-il surtout le moment où sa tante va nous abandonner au milieu de l’histoire.

Près de moi, une habitante a repris son pont. Elle travaillait autrefois sur des problèmes toute la journée. Elle nous raconte une équipe, un bureau où elle passait chercher quelqu’un lorsqu’une idée lui venait. Elle s’interrompt pour renforcer un pli et voudrait essayer avec deux gommes.

— Vous en avez encore une ?

Je vais en chercher au bout de la table. Quand je reviens, elle a rapproché sa chaise et enlevé son manteau.

Charlotte atteint son signet. Elle relève la tête.

— Je m’arrête ici.

La femme près de Carole regarde les pages qui restent. Mon petit-fils proteste : on ne sait toujours pas ce que le personnage va faire.

— Tu m’avais prévenu, lui rappelle Charlotte.

Il avait oublié que son accord pouvait valoir encore après avoir entendu le début. La femme demande si elle peut emprunter le roman pour continuer. Charlotte lui explique comment enregistrer le prêt à la bibliothèque. Je vois passer une petite hésitation sur son visage ; elle avait imaginé les retrouver pour la suite. Puis elle lui tend le livre, en laissant le signet à l’endroit où elle s’est arrêtée.

Claire annonce l’heure de fin. Un homme près de la porte demande quand il pourra revenir. Elle prend ses coordonnées. Il reste devant elle quelques instants, puis remonte sa fermeture éclair.

Les petits voudraient laisser leur pont sur l’étagère. Nous devons emporter ce que nous avons apporté. Je leur tends une boîte ; le grand me demande pourquoi on referme un endroit qui vient de fonctionner.

— Pour le prochain après-midi, il faut organiser les heures, le chauffage, les personnes qui seront là.

— Comme aujourd’hui.

— Oui.

Il replie les bords de la boîte. Je tiens le pont pendant qu’il lui fait une place.

Carole demande au robot de service de transporter une caisse trop lourde jusqu’à l’entrée. Charlotte recompte le matériel. La chaise sur laquelle reposait le roman est vide. Elle la range avec les autres et me tend la pochette des prêts à rapporter.