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Les temps Valaisans
Ceux qui restent

Chapitre 28 / 29

Ce qui continue quand la liaison manque

Partie V — Une adresse pour la suite

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Le mercredi suivant, un message interrompt la préparation de mon rendez-vous. Une partie des services de calcul à distance est indisponible. Le courant est présent, la connexion fonctionne. Certains outils répondent, d’autres restent en attente.

Mon implant fonctionne encore, mais le service auquel je confiais l’analyse du dossier ne répond plus. Les commandes de la maison et quelques traductions restent disponibles localement. Avoir rapproché l’interface de mon cerveau n’avait pas rapproché tous les serveurs. La différence m’agace presque davantage : je dois regarder ce qui fonctionne au lieu de demander simplement que tout se passe comme d’habitude.

Le chauffage continue, les portes s’ouvrent, la maison dispose de ses fonctions locales. Le robot termine le rangement, puis suspend une opération dont la validation extérieure manque. Je récupère les documents déjà présents sur notre équipement. Mon client peut me joindre. Nous conserverons notre entretien, en reportant une comparaison qui devait être recalculée avec un service indisponible.

Les enfants arrivent pour l’après-midi. Valentine a un rendez-vous ; Carole les accueille pendant que je termine le mien, puis elle doit repartir. Nous avons prévu nos horaires ainsi. L’incident ne nous donne pas soudain une journée de vacances au milieu de la semaine. Il nous demande de tenir autrement ce que nous avions promis.

Le boîtier de Maxence fonctionne à la maison depuis un essai limité convenu avec lui. Il indique ce qui reste accessible localement et les demandes suspendues. Il n’a pas réparé le fournisseur défaillant. Il me permet de comprendre à peu près ce qui se passe sans confondre une interruption, une permission refusée et une panne de chaque appareil. Cette petite lisibilité vaut davantage pour moi ce matin que la liste des fonctions de sa démonstration.

Je lui laisse un compte rendu pour le moment de travail que nous avons fixé. Je ne l’appelle pas au milieu de ses propres clients pour lui demander de surveiller notre maison gratuitement. Il a besoin de retours sur son produit, et je suis heureux de lui en donner. Nous avons aussi besoin de conserver des repas où sa présence ne soit pas d’abord celle d’un technicien disponible.

Après mon rendez-vous, je téléphone à Jeanne. Son assistance essentielle continue. Le service a confirmé les relais prévus si l’interruption devait durer. Elle me remercie, puis me rappelle que nous avons fixé une visite et que je n’ai pas répondu à sa dernière proposition d’heure. Je note. Elle m’aide encore à organiser ma vie au moment où je vérifie l’organisation de la sienne.

Nous sortons ensuite avec les petits. Le car postal passe. Les livraisons ne sont pas toutes perturbées de la même façon ; l’une de celles que j’attendais a été décalée. Près des Arcades, un paiement se fait hors connexion dans les limites du dispositif prévu. La disparition des pièces n’a pas dû rendre impossible chaque petit achat lorsqu’une liaison manque. Je remarque des solutions de continuité auxquelles je ne pensais presque jamais lorsque tout fonctionnait.

Nous descendons jusqu’à la plaine des Écluses. Je revois les voitures quittant leurs places à l’approche de la grêle, deux mois plus tôt. Ce jour-là, les systèmes avaient agi avant nous. Aujourd’hui, je regarde un écran en attendant qu’un service revienne. Je ne découvre pas que la technologie peut échouer ; je découvre la place prise par certaines de ses facilités dans mon impatience.

Sur un banc, je reprends les remarques du samedi avec Claire, qui nous rejoint quelques minutes. Elle a terminé son compte rendu de l’essai. Les personnes ont apprécié la salle, mais plusieurs horaires proposés excluraient ceux qui travaillent encore. Une participante n’avait pas osé entrer en voyant les tables déjà occupées. Le chauffage était suffisant près du centre, moins confortable à la fenêtre. Ces remarques nous donnent des problèmes précis à régler pour la prochaine séance.

Nous parlons ensuite du bâtiment équipé. Si une grande partie de l’accueil résidentiel, du chauffage et de l’entretien repose sur des systèmes, que devra-t-il conserver lorsque le service extérieur manque ? L’interruption de ce matin transforme la question en situation facile à comprendre. Les portes, les fonctions nécessaires au logement et les alertes essentielles devront continuer selon un cadre prévu. Le reste pourra attendre, ou demander une intervention. Il faut acheter cette continuité avec les équipements et les contrats, au lieu de la supposer gratuite dans le prix d’un assistant.

Claire inscrit le point pour Nora. Je me souviens de ces réunions professionnelles où le fonctionnement normal occupait tout l’écran, tandis que les exceptions tenaient dans une petite note. Le projet de la colonie me rend attentif à une échelle différente. Les conséquences d’un service mal défini arriveraient chez quinze ménages. Certains pourraient s’en accommoder facilement, d’autres beaucoup moins.

Mon petit-fils veut savoir où se trouve la machine qui ne répond pas. Je lui explique que ce que nous appelons notre IA utilise souvent des équipements ailleurs, dans de grands bâtiments reliés à beaucoup d’autres. Il demande si elle est à Nendaz. Pas forcément. Je lui montre les réseaux et la vallée, sans prétendre pouvoir désigner depuis notre banc le chemin exact de chaque demande.

Les réponses semblaient légères parce qu’elles arrivaient sur un écran. Il fallait pourtant des composants, des centres de calcul, des lignes électriques, des installations de refroidissement et des équipes. Les robots ajoutaient leurs pièces, leurs batteries, leur entretien. L’intelligence avait rapproché de nous des possibilités extraordinaires ; elle n’avait pas cessé d’occuper le monde matériel.

Le lieu qui fournissait une partie de l’électricité ne possédait pas nécessairement les systèmes qui en tiraient leur revenu. Le territoire pouvait vendre une ressource et racheter beaucoup plus cher le service construit avec elle. Les contrats, les investissements et les droits sur les entreprises déterminaient cette répartition. La taxe sur certains usages récupérait une contribution. Elle ne donnait pas à elle seule la maîtrise de cette chaîne.

J’en parle à Claire lorsque les petits s’éloignent de quelques pas pour regarder un chien. Elle comprend pourquoi je reviens toujours à la propriété. Son ancienne équipe avait transmis des méthodes et produit des gains dont les revenus lui avaient échappé après son départ. À l’échelle d’une entreprise ou d’un territoire, la question avait changé de taille sans perdre tout à fait sa forme.

Le message de reprise arrive avant notre retour. Je relance seulement les tâches nécessaires. Je retrouve le dossier interrompu et les tâches que je dois encore terminer.

Le soir, je travaille encore pour finir ce qui a été décalé. Carole a commencé à lire près de moi, puis est allée se coucher. Je lui avais dit que je la rejoignais dans dix minutes. Lorsque je ferme enfin le dossier, sa lampe est éteinte.