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Les temps Valaisans
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Avant de monter

Avant de monter

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J’ai choisi Haute-Nendaz pour y situer ce livre parce que j’ai d’abord choisi d’y vivre. En 2025, Carole et moi avons quitté Paris pour nous y installer avec nos deux plus jeunes enfants. Les trois grands avaient leur vie en France. Nous voulions travailler à la montagne, y élever les enfants et retrouver ce paysage en rentrant chez nous.

Enfant, je venais skier ici, chez mon oncle et ma tante. Je m’étais promis d’avoir un jour un toit dans ces montagnes, sans imaginer pouvoir y mener ma vie professionnelle. Celle-ci m’a conduit de Belfort à Paris. J’ai raconté ce trajet dans Le Bisse Cognitif, mon premier livre, où je cherchais comment l’IA pouvait rendre accessibles en Valais des capacités longtemps concentrées dans les métropoles. Le bisse, ce canal qui conduit l’eau vers les terres qui en ont besoin, m’a fourni une image pour penser cette circulation. La beauté du paysage comptait tout autant : nous voulions en mettre dans notre quotidien.

J’ai fondé une agence digitale à Paris, puis l’ai vendue à un groupe suisse en 2023. Pendant trois ans, j’en ai accompagné la transformation, notamment par l’IA. En 2026, j’ai rejoint comme salarié un groupe à Lausanne pour diriger sa transformation, puis celle d’entreprises dans lesquelles il investissait. J’ai partagé mon enthousiasme, aidé des équipes à s’emparer des outils. J’ai aussi contribué à réduire des effectifs pour maintenir les activités. Cette responsabilité m’accompagne dans les pages qui suivent.

Ce deuxième livre avance le calendrier jusqu’en 2036. J’ai soixante-deux ans et je travaille encore, comme indépendant auprès d’entreprises suisses, valaisannes en particulier. Carole poursuit elle aussi son activité. Nos promenades trouvent place entre des rendez-vous, un samedi ou pendant quelques jours avec nos petits-enfants, les enfants de Valentine. Je leur raconte un passé qui me semble proche. Ils y découvrent un monde presque aussi lointain que celui de mes grands-parents pour moi.

Certaines histoires de mes aînés m’ennuyaient avant de me devenir précieuses. J’espère qu’un jour les enfants retrouveront ce plaisir en repensant à nos sorties. Ils oublieront peut-être mon explication ; il leur restera une odeur de pain ou la voix de leur grand-père.

Carole, formée aux sciences politiques, revient volontiers aux conséquences d’une idée quand j’en explore encore les possibilités. Elle aime les livres et les films dont la fin nous est imposée. Elle s’inquiète de ce que nous n’apprendrons plus si l’aide précède toujours l’effort. Je vois dans l’IA un moyen d’aller plus loin. Nous connaissons tous deux les outils ; nos désaccords portent surtout sur la place à leur laisser.

Le récit repose sur une hypothèse : l’intelligence artificielle générale, ou AGI, apparaît en 2027. J’entends par là un système capable d’apprendre et d’accomplir une grande diversité de tâches intellectuelles, dans plusieurs domaines, au niveau de personnes qualifiées. Cela ne lui prête aucune conscience et ne le rend pas infaillible. J’imagine ensuite des progrès rapides, jusqu’à dépasser largement nos capacités dans de nombreux domaines. 2036 se situe donc neuf ans après cette AGI, dix ans après 2026, dernière année avant son apparition dans le scénario.

Ce calendrier est un choix de récit. J’y associe une robotisation massive, des progrès médicaux et des décisions collectives ambitieuses, dont un revenu de base en Suisse. Leur réunion exige des financements, des infrastructures et une volonté politique ; elle ne découle pas automatiquement d’une découverte. J’explore un avenir possible, en partie souhaité, avec les pertes qu’il entraîne aussi. Les repères de fin d’ouvrage présentent les sources, la courbe de progression de l’IA et les limites de cette projection.

Nos enfants, Valentine, Charlotte, Maxence, Juliette et Édouard, apparaissent avec leurs vrais prénoms. À l’automne 2036, ils ont respectivement trente-sept, trente-trois, trente-deux, vingt et un et dix-sept ans. Leurs parcours futurs sont imaginés, comme les deux enfants de Valentine qui m’accompagnent. Mon oncle Jean-Pierre et ma tante Martine figurent avec leur accord ; leurs métiers et nos souvenirs sont réels, leur santé en 2036 appartient au scénario.

Claire, Jeanne et plusieurs autres habitants sont inventés. Les lieux familiers, les commerces et les personnes réelles qui traversent le livre donnent un point de départ à des scènes futures. Celles-ci n’annoncent aucun projet actuel. Les repères précisent ces distinctions, notamment pour notre résidence et pour le bâtiment communal dont il sera question plus loin.

Il est temps de sortir. Les enfants sont prêts depuis un moment.