Idée 5 sur 7 · Ch. 10, 11
La souveraineté numérique se joue dans les usages, pas dans les datacenters.
Trois niveaux à distinguer — hyperscaler, infrastructure publique nationale, usages quotidiens. Pour un canton, c’est le troisième qui décide.
La proposition
Le débat public sur la souveraineté numérique confond trois niveaux radicalement différents. Le premier (construire un hyperscaler souverain européen) est hors de portée de la Suisse seule et a largement échoué à l’échelle européenne (Gaia-X). Le deuxième (infrastructures publiques nationales pour les administrations) est en cours de construction active avec le Swiss Government Cloud. Le troisième — le plus important pour un canton — est la souveraineté des usages quotidiens : quels outils utilisent les professions intellectuelles, où sont hébergées les données médicales et fiscales, sous quelle juridiction opèrent les traitements.
Pourquoi cela compte pour le Valais
La somme des choix individuels des fiduciaires, médecins, cabinets d’avocats et administrations constitue, à l’échelle cantonale, une souveraineté plus réelle que tous les discours sur la souveraineté abstraite. Une fiduciaire qui utilise un assistant d’IA conforme au droit suisse plutôt qu’un outil américain fait acte de souveraineté. Multipliée par des centaines de structures, cette décision crée une infrastructure de confiance que les acteurs globaux ne peuvent pas reproduire. Et c’est un avantage commercial direct : une structure qui garantit à ses clients que leurs données ne quittent pas le territoire suisse offre quelque chose que les plateformes globales ne peuvent pas offrir simplement.
Le contre-argument que l’essai réfute
« Les outils suisses souverains sont moins performants que les américains. » La réponse : sur le périmètre généraliste, c’est souvent vrai. Mais la question de souveraineté n’est pas une question de performance technique — c’est une question de juridiction, de responsabilité et de confiance. Et sur les usages où la souveraineté est non négociable (données médicales, dossiers fiscaux, secrets professionnels), la performance doit être subordonnée à la juridiction.